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mai 252011
 

On n’a pas souvent l’occasion d’entendre quelques voix américaines soutenir une proposition française pour davantage de régulation économique mondiale. Avec l’augmentation des impôts, les propositions de nouvelles régulations économiques sont généralement très impopulaires aux Etats-Unis. A gauche comme à droite, l’intervention de l’Etat dans les affaires fait toujours craindre le pire (quelque part entre la grande dépression de 1929 et la soviétisation de l’économie), même si la plaie encore ouverte de la récente crise financière tend à démontrer le contraire. On ne revient pas si facilement sur une recette capitaliste qui a fait ses preuves depuis un siècle ou deux.

Aussi, quand le Daily Beast —un blog de Newsweek— titre que « Sarkozy a raison » de défendre l’idée d’une plus grande régulation de l’Internet au niveau mondial, l’expat français habitué à beaucoup moins de sympathie pour la boulimie régulationiste de son pays ouvre les yeux et poursuit la lecture.

En prenant l’initiative d’un débat sur la régulation d’Internet en pré-ouverture du prochain sommet du G8, Sarkozy s’est attiré les sarcasmes des ténors du secteur, de Eric Schmidt (Google) à  Mark Zuckerberg (Facebook) et de la Silicon Valley jusqu’à Washington, selon le syllogisme bien établi que :

  1. La régulation tue l’initiative et l’innovation.
  2. L’innovation crée de la richesse et des emplois.
  3. Donc la régulation tue la richesse et les emplois.

Pour développer l’innovation et la création d’emploi sur le Web, il faudrait donc le préserver de toute régulation. Point barre.

Dan Lyons, le journaliste auteur de l’article du Daily Beast, ne remet d’ailleurs pas en question le raisonnement, mais propose une lecture moins noble des motivations du « lobby de l’Internet » : si Google est contre toute régulation, c’est que les régulations se traduiraient par plus de procédures à la charge des opérateurs, ce qui augmente les coûts et réduit les profits. Point barre.

Je m’attendais à une meilleure défense de la proposition Sarkozy. Celle-ci tourne court et ne fait que démasquer les motifs des « contre » sans donner d’argument aux « pour ». Pas vraiment un plaidoyer pro-Sarkozy donc. Peut-être Dan Lyons connaît-il trop la réalité de la régulation d’Internet à la française avec la fameuse « loi Hadopi » pour vraiment souhaiter s’engager aux côtés des auteurs d’une loi aussi grotesque.

Il reste que l’idée d’une meilleure régulation de l’Internet pourrait sans doute nous servir, nous pauvres internautes. Et avec d’autres propositions qu’une loi Hadopi mondiale, Sarkozy pourrait sans doute mieux se faire entendre, même aux Etats-Unis.

Monsieur Sarkozy, pour votre prochain e-G8, voici donc quelques propositions qui feraient moins rigoler Mark Zuckerberg et Eric Schmidt :

1. L’arrêt de l’essaimage des identités

Est-il normal que le Web soit le seul marché au monde où les consommateurs soient contraints de s’identifier suivant les règles imposées par chaque commerçant ? Imagine-t-on circuler dans un centre commercial avec autant de cartes d’identité dans son portefeuille qu’il y a de magasins différents ? Un régulateur mondial pourrait sans doute garantir un moyen d’identification unique, un permis de conduire sur le Web, qui simplifierait la vie des internautes tout en développant le chiffre d’affaire des e-commerçants.

2. Le droit à disposer de ses informations personnelles

Avec la proposition numéro 1, vous avez gagné votre popularité en Amérique. Vous pouvez maintenant soulever la question du droit à la protection de l’information individuelle. Est-il normal que Facebook et Google utilisent vos informations personnelles à leur seul profit sans vous en laisser la pleine propriété ? Tous les service web « gratuits » gagnent aujourd’hui de l’argent en vendant vos informations pour des « offres commerciales ciblées ». Quelle est la valeur marchande de votre pédigrée sur Facebook ? sur Linkedin ? A en juger par leur valorisation boursière, sans doute bien plus que ce que vous seriez prêt à payer pour utiliser ces services. Pourquoi ne pas obliger Google, Facebook et Linkedin à publier la valeur de cette information ? à la partager avec vous (oui, vous pourriez être payé pour utiliser Facebook !) ou, a minima, à vous demander votre autorisation à chaque fois (et pas juste au moment de l’abonnement) que vos données sont exploitées à des fins commerciales ?

3. La taxe à la création de valeur

La proposition numéro 2 vous rendra moins populaire aux yeux de Google, mais vous continuez de progresser dans les sondages sur les internautes américains. Vous pouvez donc lancer l’estoquade : LA taxe ! En monétisant « off-shore » des informations provenant des internautes de tous les pays, les géants du Web échappent à toute taxation sur la réelle valeur ajoutée : VOUS. Poussé à l’extrême, on pourrait imaginer demain une France sans aucun revenu tiré du commerce local. Facebook, localisé en Inde, puise votre information en France, la vend à une société américaine, qui vous propose d’acheter une télé en Chine. L’économie française se réduit à une gigantesque plate-forme logistique de livraison des colis… jusqu’à que vous n’ayez plus les moyens d’acheter. En taxant la valeur de l’information, publiée par les géants d’Internet grâce à la proposition numéro 2, un peu de votre valeur resterait en France.

Ce ne sont que trois propositions pondues entre deux verres de vin blanc californien avant minuit. Mais sans doute celles-ci, Monsieur Sarkozy, auraient suscité un intérêt dans la presse américaine, au delà du Daily Beast !

  Un commentaire pour “e-G8: Sarkozy aurait-il raison ?”

  1. Cet article et très technique et je ne suis pas sûr d’avoir tout compris.

    Par contre à force de vouloir tout réguler à la française nous sommes en train de nous priver du nouveau business généré par le web.

    Par exemple, au lieu de profiter à fond du web pour vendre nos livres, nous avons laissé Amazon devenir la première librairie française en France. 8 jours de livraison pour un livre commandé à la FNAC et 48h dans les mêmes conditions pour Amazon. Sommes nous moins intelligent qu’Amazon sur notre territoire où les stratèges de la FNAC ont voulu protéger leurs magasins.

    Toujours dans le même domaine, nos éditeurs sont en train de saboter le livre numérique en imposant un prix du même ordre que le livre imprimé et ceci en passant par la loi alors que le prix de revient et sans comparaisons… Ce sont les mêmes qui vont critiquer la jeunesse qui ne lit plus…

    Pendant ce temps là, nous aurions pu développer la plus grande bibliothèque électronique du monde, on a préféré faire 4 tours en verre qui tombent en désuétude en plein Paris et offrent un spectacle de désolation.

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